Longtemps, le salarié idéal a été pensé comme celui qui laissait ses émotions à la porte de l’entreprise. Cet héritage continue de structurer de nombreuses organisations, qui traitent encore les émotions comme un sujet périphérique, sans lien avec la performance ni avec les enjeux opérationnels. Ce faisant, elles ne les font pas disparaître : elles les rendent juste illisibles. Ce qui circule quand même, sous forme de tensions non dites et de décisions prises sans les bonnes informations, reste sans nom et donc : sans réponse.
Pourtant les émotions conditionnent la qualité des décisions, le niveau d'engagement, la capacité à coopérer, la santé des organisations. Les événements négatifs influencent l'humeur cinq fois plus que les événements positifs , et une culture où la peur domine produit de l'information tronquée et une capacité d'adaptation moindre. Ce n’est pas une fatalité: dans un climat psychologique favorable, les émotions négatives elles-mêmes peuvent se transformer en ressources, à condition que l'organisation sache les reconnaître plutôt que les réprimer. Or, c'est justement ce que la plupart des organisations n'ont pas appris à faire car la conviction que les émotions perturbent le travail est si profondément ancrée qu'elle justifie qu'on les taise ou qu'on les gère à la marge.
À cela s'ajoute une question qui n'existait pas il y a 10 ans : celle des technologies qui reconfigurent la façon dont les émotions circulent au travail. Quand l'IA rédige nos messages, génère nos comptes-rendus, s'apprête à détecter nos états émotionnels à travers nos voix, la question de son impact sur les émotions et donc sur les rapports humains dans les organisations s'avère urgente à poser. Comment les organisations peuvent-elles piloter l'engagement, la qualité des décisions, la coopération, quand elles n'ont pas les outils pour comprendre ce que les émotions produisent réellement ? Et quel impact ont les nouvelles technologies, quand elles s'installent au cœur même des interactions humaines et prétendent rendre les émotions lisibles, voire pilotables ?
Depuis le taylorisme, les organisations ont construit leur modèle sur une conviction : les émotions perturbent le travail et n'ont pas leur place dans l'espace professionnel. Cette conviction a produit des cultures d'entreprise où l'on masque ce qu'on ressent & où des situations de blocage s'installent sans qu'on puisse les nommer. Pourquoi les organisations ont-elles si durablement évité ce sujet ? Quels en sont les effets sur le travail réel ?
Aurélie Jeantet, Maîtresse de conférences à l'université Sorbonne-Nouvelle, chercheuse au CNRS, autrice de Les émotions au travail (CNRS Éditions)
S'appuyant sur son expertise & ses travaux, Aurélie Jeantet, spécialiste du sujet, propose un arrêt indispensable sur l'histoire de cet évitement, ses ressorts idéologiques, ses effets sur les organisations, et pose le cadre conceptuel qui structurera la journée. Les émotions sont, selon elle, à la fois un "rouage" indispensable et un "grain de sable" qui vient gripper la machine : imprévisibles, elles ne se laissent ni totalement contrôler ni impunément ignorer.
Souvent perçues comme des vulnérabilités, les émotions sont des ressources fondamentales pour agir en situation professionnelle. Reconnaître ses émotions, identifier celles des autres, mesurer leur impact sur la coordination collective et sur la qualité des décisions : ce sont des compétences. Pas des qualités de caractère, pas des dispositions naturelles mais des compétences qui s'apprennent et se développent. Mais à quelles conditions ? Et comment les organisations peuvent-elles créer les conditions pour que ces compétences s'exercent réellement ?
Donald Glowinski, Chercheur en neuropsychologie, directeur du programme Compétences émotionnelles en situation professionnelle, Université de Genève, expert en résilience organisationnelle
Depuis plus de vingt ans, Donald Glowinski travaille sur l’analyse scientifique des comportements & des émotions au sein des collectifs. Il a développé des approches appliquées aux compétences émotionnelles auprès de professionnels confrontés à des environnements exigeants ou critiques : urgentistes, pilotes, pompiers, skippers ou musiciens. Il montrera comment ces compétences peuvent être identifiées et développées, avec des effets importants sur la coordination des équipes, la qualité des décisions sous pression, la capacité d’adaptation collective et l'agilité globale.
Quand nous utilisons l'IA pour automatiser des interactions, quand l'IA rédige nos emails à notre place, filtre nos voix, corrige nos expressions en visio, que se passe-t-il dans les rapports entre les personnes ? La question n'est plus seulement celle des outils mais de la façon dont les émotions circulent entre collègues, entre managers et équipes, qui est en train de changer, sans que personne ne l'ait décidé, ni même remarqué.
Nadia Guerouaou, Docteure en neurosciences cognitives, psychologue clinicienne, autrice de Notre cerveau sous influence. Comment les IA génératives façonnent nos émotions (Eyrolles, 2026)
A l'aune de ses travaux en neurosciences affectives et sur des analyses développées dans son ouvrage paru en 2026, Nadia Guerouaou propose une réflexion sur l’IAffectivité, entendue comme la transformation de la vie émotionnelle au contact des intelligences artificielles. Du masque social au masque algorithmique, elle interroge ce que ces technologies changent à l’authenticité des échanges, à la confiance entre collègues et à la capacité des organisations à demeurer des espaces réellement humains. Une réflexion qui s'avère centrale pour toute organisation confrontée à l’essor de l’IA.
Aurélie Jeantet est l'animatrice scientifique de ce programme. Elle est sociologue, maîtresse de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle et chercheuse au laboratoire Cresppa. Spécialiste du travail, elle analyse la place des émotions dans les organisations, en montrant combien celles-ci restent souvent pensées comme des espaces rationnels et a-émotionnels, alors même que le travail mobilise fortement la subjectivité, le corps et les affects. Autrice de Les émotions au travail, paru aux CNRS Éditions, elle interroge les effets multiples et ambivalents des émotions dans l’activité professionnelle, ainsi que leur rôle dans les rapports de domination, les dynamiques collectives et l’expérience concrète du travail. Ses recherches portent également sur le télétravail, les rapports sociaux de sexe et le care.
Donald Glowinski est professeur à l’Institut et Haute École de la Santé La Source, vice-doyen à la Simulation et directeur du programme « Compétences émotionnelles en situation professionnelle » à l’Université de Genève. Chercheur en neuropsychologie, il travaille sur les émotions, les compétences émotionnelles, la coordination collective et la résilience organisationnelle, notamment dans des contextes professionnels exigeants comme la santé, les situations de crise ou les environnements à forte intensité relationnelle. Son approche articule sciences affectives, simulation et formation des adultes, avec l’objectif de mieux comprendre comment les émotions influencent les raisonnements, les décisions et la coopération au travail.
Nadia Guerouaou est docteure en neurosciences cognitives & psychologue. Ses travaux portent sur la manière dont les technologies numériques, et en particulier les IA génératives, transforment nos émotions, nos interactions et nos modes de relation. Elle a notamment travaillé sur l’usage de technologies permettant de modifier l’émotion dans la voix au cours des interactions sociales, et sur leurs effets dans la perception des interlocuteurs. Autrice de Notre cerveau sous influence : comment les IA génératives modèlent nos émotions, paru aux Éditions Eyrolles, elle analyse les effets des IA génératives sur nos modèles cognitifs et nos manières d’exprimer/déléguer nos affects.
Cette journée s’adresse aux directeurs et directrices des ressources humaines, aux responsables RH en charge du climat organisationnel, de la prévention des risques ou du développement des compétences, ainsi qu’aux responsables transformation, dirigeants et managers qui exercent des responsabilités sur des collectifs de travail et souhaitent se doter d’un cadre rigoureux pour comprendre le rôle des émotions dans la coopération, la décision et la performance. Elle est particulièrement pertinente pour les organisations qui pilotent ou accompagnent des transformations managériales, organisationnelles ou technologiques, notamment lorsque celles-ci impliquent le déploiement de technologies d’IA.
Echanges entre pairs : la journée réunit des professionnels confrontés à des enjeux de climat social, de transformation, de management et de déploiement technologique, dont la diversité constitue une ressource pédagogique à part entière.
7h
Aucun.
Cette formation se déroulera dans Paris intra-muros. Le lieu de la formation vous sera communiqué lors de l'envoi des convocations. Les locaux sont accessibles aux personnes en situation de handicap.
Notre référent Handicap est disponible au 01 40 48 63 72 afin d’identifier avec vous les adaptations nécessaires à votre participation.
Pour tout renseignement complémentaire concernant cette formation,contactez Nourhen Moussa au 07 68 92 28 83 ou par mail : nourhen.moussa@anvie.fr