Formation
L’OCDE alerte : les compétences ne sont plus un acquis durable, mais un capital qui se déprécie rapidement si elles ne sont pas actualisées. Ce seul constat dit l'ampleur du défi auquel les organisations sont confrontées : former ne suffit plus si ce qu'on enseigne est déjà partiellement obsolète au moment du déploiement. C'est dans ce contexte que l'intelligence artificielle arrive en formation avec ses promesses, produire davantage de contenus, plus vite, à plus grande échelle, sans que les organisations aient encore stabilisé ce que cela fait réellement à la qualité des apprentissages. Les professionnels du Learning se trouvent ainsi face à une question qui dépasse la technique : quel est leur rôle dans une organisation dont les modes de production du savoir se reconfigurent ?
La promesse de l'IA est réelle, mais la facilité d'accès à un contenu n'a jamais suffi à produire un apprentissage durable. En effet, l'apprentissage profond exige de l'aspérité, la confrontation à ce qu'on ne maîtrise pas encore. Or, l'automatisation tend à lisser cet inconfort cognitif nécessaire à l’apprentissage. Pendant ce temps, les savoirs critiques risquent de s’évaporer avec les seniors tandis que les nouvelles générations arrivent avec l'IA comme outil natif, et les parcours professionnels se fragmentent dans des métiers qui se transforment plus vite que les dispositifs censés les accompagner.
Ce club est animé scientifiquement par Romain Zerbib, enseignant-chercheur. Il est conçu comme un espace rare : celui d'un échange exigeant entre pairs confrontés aux mêmes enjeux dans des organisations différentes, où réflexion, actualisation des connaissances et mise en discussion des pratiques se nourrissent mutuellement. Un espace dont l'ambition est de faire émerger une véritable communauté de professionnels du Learning, celle qui manque le plus dans un secteur qui accompagne la transformation des autres sans toujours se donner les moyens de la sienne.
L'IA a d'abord été perçue comme un outil servant une accélération : produire plus vite, personnaliser à plus grande échelle, réduire les coûts... Elle se profile aujourd'hui comme une infrastructure pédagogique à part entière. Reste une question que 2026 pourrait bien forcer à poser : que produit réellement cette intégration profonde de l'IA sur l'apprentissage lui-même ?
Quels effets l'automatisation des contenus produit-elle sur l'apprentissage ? Quelles contraintes juridiques encadrent désormais son usage en formation ? Qui assume la responsabilité de ce qu'un dispositif augmenté par l'IA génère, ou ne génère pas, comme apprentissage réel ? Comment concevoir des architectures pédagogiques où l'IA serve effectivement l'apprenant plutôt que de le court-circuiter ? L'intégration de l'IA dans le cours même du travail est-elle une réponse, et si oui, à quelles conditions ? Cette séance pose ces fondements pour l'ensemble du cycle.
49% des responsables L&D perçoivent aujourd'hui une crise des compétences dans leur organisation. Derrière ce chiffre se cache une réalité concrète : des référentiels construits à grands frais qui ne reflètent plus les besoins opérationnels avant même d'être déployés et des investissements formation de plus en plus déconnectés des transformations réelles des métiers. Comment piloter les compétences dans un système vivant plutôt que dans une grille figée ? Comment articuler transmission intergénérationnelle, agilité des parcours et réalité des métiers qui se redessinent sous l'effet de l'IA ?
Frédéric Balletti, Responsable du développement des compétences et des apprentissages, Malakoff Humanis
Frédéric Balletti partagera le chemin parcouru depuis le lancement de leur école IA : pourquoi les référentiels de compétences se sont révélés insuffisants face à la vitesse de transformation induite par l'IA, et comment l'organisation a progressivement basculé vers un raisonnement par tâches, plus opérationnel mais encore exploratoire. Il abordera également la question de l'acceptabilité, angle souvent sous-estimé du déploiement IA, et les choix concrets opérés chez Malakoff Humanis pour y répondre.
Le Global Sentiment Survey 2026 l'identifie parmi les 5 défis majeurs du Learning : l'engagement des apprenants s'érode, entravé par la surcharge et le manque de soutien managérial. Ce constat est paradoxal. Jamais les organisations n'ont autant investi en formation, jamais l'offre n'a été aussi abondante. L'IA amplifie cette tension en permettant de produire encore davantage de contenus personnalisés, au risque d'ajouter de la cacophonie là où les apprenants cherchent de la clarté. Comment des organisations ont-elles explicitement structuré leur stratégie autour de la lutte contre la Learning fatigue, avec des résultats mesurables ? Quel arbitrage entre richesse de l'offre et sobriété pédagogique ?
Face à la profusion de solutions disponibles (adaptive learning, micro-formats, agents IA, social learning, parcours certifiants, immersive learning), comment construire une architecture pédagogique cohérente plutôt qu'un empilement de dispositifs ?
La sursollicitation de l'attention est devenue une réalité structurelle dans les organisations : les plateformes numériques ont construit leur modèle sur sa captation, et les environnements de travail n'y échappent pas. Or l'attention est aussi la ressource sur laquelle repose tout apprentissage : former dans ce contexte sans en tenir compte, c'est ignorer la condition première de l'apprentissage.
Les travaux en neurosciences éclairent ce paradoxe : la mémoire se consolide davantage lorsqu'elle prend appui sur des expériences nouvelles et socialement riches, parce que ces situations mobilisent plus fortement l'attention et la mise à jour des représentations. Des parcours entièrement lissés activent moins ces mécanismes, ce qui signifie que les apprentissages s'y déposent en surface, sans s'ancrer durablement dans les pratiques. Un apprentissage pérenne s'ancre dans l'inattendu et le collectif, pas dans le confort du parcours optimisé.
Dans quelle mesure nos propres dispositifs participent-ils à cette dette cognitive ? Comment reconstruire une offre qui serve vraiment l'apprentissage plutôt que de le simuler ?
Les responsables Learning ont rarement le temps de se retourner sur leur propre trajectoire. Cette dernière séance crée délibérément cet espace. La fonction L&D traverse une phase de déstabilisation profonde, tiraillée entre efficacité opérationnelle et valeur stratégique, entre posture de prestataire interne et ambition de partenaire de transformation. Le futur du Learning lui-même est en jeu : entre une fonction centrée sur la production de contenus augmentés par l'IA et une fonction stratégique, intégrée aux enjeux de capacité organisationnelle, deux trajectoires se dessinent. Dans le même temps, les responsables Learning qui adoptent une posture stratégique sont 42% plus avancés sur l'IA générative que leurs pairs.
Anticiper plutôt que réagir : c'est là que se joue la valeur stratégique de la fonction.
Quelle fonction L&D voulons-nous dans cinq ans, dans un écosystème où l'IA restructure les usages et où la mesure d'impact devient une exigence stratégique ? Des choix se font aujourd'hui dans les organisations, souvent sans en avoir conscience. Cette séance crée l'espace pour les regarder en face.
A partir de scénarios sur l'avenir du Learning, les participants construisent collectivement les futurs possibles de leur fonction : quel rôle pour le L&D dans une organisation où l'IA produit, où les compétences deviennent rapidement obsolètes et où l'attention des apprenants se raréfie ? L'atelier permet à chacun d'interroger sa propre posture et d'identifier les leviers sur lesquels il a prise aujourd'hui.
Lucie Gauthier, Chanel
Lucie Gauthier a construit son expertise sur la transformation des équipes Learning dans des organisations de grande envergure, de Boulanger à Décathlon. Chez Chanel, elle pilote aujourd'hui un chantier qui part d'un constat concret : la multiplicité des outils et des manières de travailler rend illisible la valeur ajoutée des équipes Learning. Comment redéfinir une signature pédagogique cohérente à grande échelle ? Comment organiser une offre qui donne du sens au travail des équipes Learning ? Et surtout : de quels métiers et de quelles expertises ces équipes ont-elles besoin pour demain ?
Philippe Guérin, Chief Learning Officer, VINCI Energies Academy Director
Philippe Guérin proposera un retour d'expérience sur une organisation en plein développement : bientôt 22 académies et 70 centres de formation, avec l'ambition d'atteindre une centaine dans les prochaines années. Dans ce contexte de croissance rapide, la formation y est majoritairement dispensée en interne, ce qui pose une question concrète : comment faire évoluer la fonction Learning pour que la qualité des apprentissages soit à la hauteur, comment entretenir et développer le réseau de formateurs internes, et quelle place donner à l'IA dans une architecture pédagogique qui reste avant tout humaine?
Sortir de la salle de formation pour aller observer comment on transmet et les ressorts de l’apprentissage : Safran University figure parmi les organisations les plus avancées en France sur la transformation du Learning : articulation présentiel/digital, transmission des savoir-faire, déploiement de l'IA dans les dispositifs, innovations pédagogiques en cours de construction… Cette combinaison entre pratiques établies et réflexions encore ouvertes offre un terrain d'observation particulièrement riche.
Les participantes et participants échangeront directement avec plusieurs équipes internes, pour accéder à des regards situés à différents niveaux de l'organisation. Un déjeuner sur le campus prolonge ces échanges dans un cadre informel, là où se posent souvent les questions les plus utiles. Observer une organisation de cette envergure arbitrer concrètement, dans ses contraintes réelles, les mêmes tensions que celles traversées tout au long du cycle : c'est ce que cette immersion rend possible.
Frédéric Henrion, Senior Vice Presiden, Directeur Global Learning & Safran University, Safran
Jean-Roch Houllier , Head of Operations, Learning & Digital, Safran
Romain Zerbib est enseignant-chercheur HDR à l’ICD Business School et chercheur associé à la Chaire ESSEC de l’Innovation Managériale et de l’Excellence Opérationnelle (IMEO). Ses recherches portent sur l’appropriation des nouveaux dispositifs de gestion au sein des organisations, en particulier dans les contextes de transformation. Il s'intéresse notamment à la manière dont l’intelligence artificielle reconfigure les dynamiques organisationnelles et soulève de nouveaux enjeux en matière d’encadrement et de gouvernance.
Responsable de l’innovation pédagogique à l’ICD BS, il accompagne la conception de dispositifs immersifs axés sur le développement, la mesure et la certification des compétences, qu’elles soient soft, hard ou mad. Il est par ailleurs directeur de la publication de la revue Management & Data Science.
Romain a codirigé plusieurs ouvrages, dont Transformation numérique et transformation digitale ; comment seront formés les managers de demain (2022), Formation : Comment relever le défi des compétences transversales ? (2024), Défis et perspectives de l'IA en entreprise : productivité, transformation, régulation (2024), ou encore La formation à l'ère de l'IA : enjeux, défis et solutions (à paraître). Parmi ses récentes publications figurent La compétition entre pairs sur les plateformes collaboratives : un levier d’acquisition du statut d’expert (2024), et La quête de reconnaissance : un levier d’engagement pour l’apprentissage collaboratif (2022).
Son dernière ouvrage est paru en 2025 : Former à l’ère de l’IA.
Lucie Gauthier pilote aujourd’hui les enjeux de Learning chez Chanel, après avoir été Learning & Development Director chez Decathlon UNITED et avoir débuté chez Boulanger. Diplômée d’un master en ingénierie pédagogique et forte d’une expérience dans le retail, elle suit un fil conducteur clair : le développement des compétences comme levier de transformation. Chez Decathlon, elle a notamment contribué à la structuration d’un prototype d’université d’entreprise. Chez Chanel, elle pilote l’accélération des offres soft skills en France et contribue à une transformation globale des équipes Learning, en travaillant à l’évolution des métiers, à la structuration de l’offre (taxonomie, modèles de compétences, formats) et à l’incarnation d’une signature pédagogique commune à l’échelle mondiale.
Jean-Roch Houllier est Head of Operations, Learning & Digital au sein de Safran University. Il pilote le développement des dispositifs de formation et d’apprentissage au sein du groupe, en France et à l’international. Son rôle consiste à garantir la qualité des parcours, de la conception à la diffusion, et à accompagner la transformation de l’université au service de la stratégie du groupe. Il contribue à faire de Safran University une référence en matière de développement professionnel et de formation dans le secteur industriel.
Frédéric Henrion est Senior Vice President, directeur global learning chez Safran et directeur de Safran University. Fort d’un parcours de plus de trente ans dans les ressources humaines, il a occupé plusieurs fonctions de direction, notamment chez Suez, avant de rejoindre Safran en 2018. Il pilote aujourd’hui la stratégie learning du groupe, en intégrant innovations pédagogiques, IA et dispositifs hybrides, avec une attention particulière à la transmission des savoirs et à l’accompagnement des transformations industrielles.
Philippe Guérin est Chief Learning Officer et directeur de la VINCI Energies Academy au sein de VINCI Energies. Après un parcours international de direction en Europe, notamment en Scandinavie et au Royaume-Uni, il a piloté des activités complexes mêlant développement, intégration et performance opérationnelle. Ingénieur de formation, il met aujourd’hui cette expérience au service d’un enjeu clé : structurer et diffuser les compétences à grande échelle dans un groupe décentralisé et technique.
Frédéric Balletti est responsable du développement des compétences et des apprentissages chez Malakoff Humanis. Issu d’un parcours centré sur les sciences cognitives, l’expérience collaborateur et la transformation RH, il pilote une évolution majeure des pratiques Learning, avec l’ambition de passer de la formation à une véritable culture de l’apprentissage. Il conçoit et déploie des parcours structurants à l’échelle du groupe, en intégrant les apports récents de la recherche et en articulant développement des compétences, culture managériale et expérience apprenant.
Ce cycle s'adresse aux directeurs & directrices Learning et Chief Learning Officers, aux responsables RH impliqués dans le développement des compétences, aux responsables développement des compétences ainsi qu'aux professionnels confirmés de l'écosystème Learning : concepteurs pédagogiques, Learning Business Partners, ingénieurs formation, Knowledge managers, responsables digital Learning, qui exercent des responsabilités sur la transformation des pratiques de formation et souhaitent construire une vision stratégique de leur fonction.
20,5h + Journée immersion
Aucun.
Cette formation se déroulera dans Paris intra-muros. Le lieu de la formation vous sera communiqué lors de l'envoi des convocations. Les locaux sont accessibles aux personnes en situation de handicap.
Notre référent Handicap est disponible au 01 40 48 63 72 afin d’identifier avec vous les adaptations nécessaires à votre participation.
Pour tout renseignement complémentaire concernant cette formation, contactez Christelle Lamothe au 07 45 24 95 49
ou par mail : christelle.lamothe@anvie.fr